Et si la crise écologique et la crise psychique racontaient la même histoire ?
Notre difficulté à habiter pleinement le vivant.
Nous avons pris l'habitude de considérer ces deux crises comme deux sujets différents.
D'un côté, la planète.
De l'autre, l'être humain.
Pourtant, je crois qu'elles racontent une même histoire.
La crise écologique et la crise psychique ont une racine commune : notre difficulté à habiter pleinement le vivant.
Nous parlons souvent de la nature comme d'un monde extérieur.
Comme si nous étions chargés de la protéger.
Comme si elle était séparée de nous.
Mais c'est une illusion.
Nous ne sommes pas en dehors de la nature.
Nous sommes l'une de ses expressions.
Notre corps est vivant.
Notre système nerveux est vivant.
Nos émotions sont vivantes.
Nos relations sont vivantes.
Lorsque nous maltraitons notre corps, lorsque nous ignorons nos besoins, lorsque nous vivons dans une urgence permanente, nous faisons déjà l'expérience d'une rupture avec le vivant.
Et cette rupture ne concerne pas seulement notre équilibre psychique.
Elle influence aussi notre manière de consommer.
De produire.
De travailler.
D'éduquer.
D'habiter le monde.
Dans mon cabinet, je fais souvent le même constat.
Après quelques séances de thérapie, beaucoup de personnes ne changent pas seulement leur manière de penser.
Elles changent leur manière de vivre.
Elles achètent moins.
Elles s'encombrent moins.
Elles ressentent moins le besoin de remplir leur agenda.
Elles supportent davantage de ne rien faire.
Elles retrouvent le plaisir de cuisiner, de marcher, de respirer, de regarder leurs enfants jouer, de passer une soirée sans écran.
Non parce qu'elles suivent une méthode de développement durable.
Mais parce qu'elles n'ont plus autant besoin de combler un vide intérieur.
J'aime dire qu'en thérapie, lorsque le niveau de conscience augmente, le niveau d'urgence diminue.
Et lorsque l'urgence diminue...
Nous recommençons à choisir.
Nous retrouvons le sens de la juste mesure.
Nous distinguons enfin ce qui est essentiel de ce qui ne fait que répondre à notre anxiété.
Ce qui est vrai pour notre corps est peut-être vrai pour la planète.
Plus nous cherchons à tout contrôler, plus nous produisons.
Plus nous produisons, plus nous épuisons les ressources.
Et plus nous nous éloignons du vivant.
À l'inverse, lorsque nous retrouvons une relation plus apaisée avec nous-mêmes, notre manière d'habiter le monde change naturellement.
Nous avons moins besoin de compenser.
Moins besoin d'accumuler.
Moins besoin de remplir.
Nous retrouvons le goût de la simplicité.
Je vais peut-être vous surprendre.
Je ne crois pas que la planète ait besoin de nous.
Elle existait bien avant l'humanité.
Elle existera probablement encore après nous.
Ce n'est pas la planète que nous sommes en train de sauver.
C'est notre possibilité d'y vivre.
Nous avons besoin d'elle infiniment plus qu'elle n'a besoin de nous.
Alors peut-être que l'écologie ne commence pas uniquement dans nos poubelles ou dans nos modes de consommation.
Peut-être commence-t-elle dans notre manière d'habiter notre propre existence.
Dans notre capacité à écouter notre corps avant qu'il ne crie.
À reconnaître nos limites avant l'épuisement.
À sortir de la logique du toujours plus.
À retrouver le goût des liens.
À ralentir.
Prendre soin de sa santé mentale n'est pas un luxe.
Ce n'est pas un acte égoïste.
C'est une manière de restaurer notre place au sein du vivant.
Et cela dépasse largement notre histoire personnelle.
Parce qu'aucune transformation ne reste enfermée dans une seule personne.
Une mère qui retrouve de la sécurité intérieure transforme la manière dont ses enfants grandissent.
Un homme qui apprend à accueillir sa vulnérabilité transforme son couple.
Une femme qui cesse de s'oublier transforme toutes les relations qu'elle entretient.
La réparation circule, tout comme les blessures.
La sécurité se transmet, tout comme la peur.
Le pouvoir d'agir se transmet, lui aussi.
C'est pourquoi je crois profondément que prendre soin de soi est un acte écologique.
Non parce qu'il sauverait la planète.
Mais parce qu'il transforme l'écosystème relationnel dont nous faisons partie.
Et peut-être est-ce là que tout commence.
Lorsque nous cessons enfin de vivre contre le vivant…
…pour apprendre, simplement, à l'habiter.
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