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Pouvoir d’agir & société

Pourquoi avons-nous besoin d’être ensemble ?

Une lecture gestaltiste, au cœur d’une époque qui fabrique des ennemis.

Pourquoi avons-nous besoin d’être ensemble ?

Une lecture gestaltiste, au cœur d’une époque qui fabrique des ennemis

La vidéo « Pourquoi a-t-on tant besoin d’être ensemble ? » de Charles Pépin interroge une idée simple et pourtant vertigineuse : l’être humain ne se construit pas seul. Nous devenons nous-mêmes par le lien.

▶ Voir la vidéo : Pourquoi a-t-on tant besoin d’être ensemble ? – Charles Pépin

À première vue, cela paraît évident. Mais dans une époque marquée par la polarisation, les récits simplificateurs et la désignation rapide de coupables, cette idée devient profondément politique.

Car si l’humain est relationnel par nature, alors toute société qui fragilise le lien fragilise l’humain lui-même.

1. L’illusion de l’individu autonome

Notre culture valorise l’indépendance :

être fort, ne dépendre de personne, « se suffire ».

La Gestalt propose un autre regard :

Nous ne sommes pas des individus isolés qui entrent en relation.

Nous sommes des êtres relationnels qui devenons individus.

Le concept central est celui de contact :

ce point vivant entre soi et le monde.

Sans relation :

pas de régulation émotionnelle

pas de construction identitaire stable

pas de pensée nuancée

Nous sommes des êtres de co-régulation. Le lien n’est pas un supplément. Il est une condition d’existence.

2. Quand le lien se fracture : radicalisation et repli

Lorsqu’une société perd sa capacité de contact réel, deux dynamiques émergent :

La fusion idéologique (tribalisme, logique de camp)

La coupure (indifférence, déshumanisation)

Dans les deux cas, l’autre cesse d’être un sujet.

Il devient une catégorie.

Et c’est là que la violence devient possible.

3. Récits politiques et simplification dangereuse

La polémique récente autour de la mort d’un militant nationaliste en est un exemple frappant.

Très vite, un récit s’est imposé : désignation d’un camp coupable, accusation globale de partis de gauche, lecture univoque de l’événement.

Mais un élément fondamental a été minimisé : l’existence de violences et de morts également dans les rangs antifascistes.

Ce type de narration ne cherche pas la complexité.

Il construit une émotion collective.

Or en Gestalt, nous savons que :

Dès qu’une personne devient un symbole, on quitte le réel.

La simplification rassure le système nerveux collectif.

Elle crée un ennemi clair.

Elle donne une illusion d’ordre.

Mais elle sacrifie l’humanité au profit d’un récit.

4. Déshumaniser pour réguler l’angoisse

Créer un ennemi apaise momentanément l’angoisse sociale.

C’est une stratégie archaïque de survie : réduire la complexité, choisir un responsable, restaurer une cohérence simple.

Mais c’est exactement l’inverse du travail thérapeutique.

En thérapie, on réintroduit la nuance.

On redonne visage à l’autre.

On accepte l’ambivalence.

La propagande simplifie.

La présence complexifie.

Rien n’excuse jamais la violence.

Et légitimer une idéologie fasciste — qui repose précisément sur la déshumanisation — est déjà une forme de violence symbolique.

5. Être ensemble n’est pas être d’accord

Le besoin d’être ensemble ne signifie pas fusionner.

Il signifie maintenir le contact malgré le désaccord.

Le conflit n’est pas le problème.

La déshumanisation l’est.

La Gestalt nous invite à rester dans la relation même quand elle est inconfortable.

À soutenir la tension sans fabriquer d’ennemi imaginaire.

6. Ce que nous expérimentons concrètement

C’est précisément ce que nous cherchons à faire émerger dans le programme En Scène, mené avec le Secours populaire.

Des personnes d’origines, d’histoires et de vulnérabilités très différentes créent ensemble une œuvre collective.

Le vivre-ensemble ne se pratique que dans le lien, l’altérité et la différence.

On ne dépasse pas la peur de l’autre par des idées.

On la dépasse par l’expérience partagée.

7. Et maintenant ?

Dans un monde saturé d’opinions et de récits anxiogènes, une question devient centrale :

Est-ce que ce discours me rapproche du réel… ou me rapproche d’un camp ?

La responsabilité relationnelle est un acte politique.

Choisir de voir l’humain derrière l’étiquette.

Choisir la complexité plutôt que la simplification.

Choisir la rencontre plutôt que la réaction.

Retrouver la conférence de Charles Pépin : Pourquoi a-t-on tant besoin d’être ensemble ?