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Gestalt & connaissance de soi

Suis-je un parvers narcissique ?

Pourquoi Google a (probablement) tort.

Une personne courbée sous l’ombre immense d’une figure menaçante, illustration de la peur de se croire pervers narcissique.

« Suis-je un Pervers Narcissique ? » : Pourquoi Google a (probablement) tort

C’est un scénario que je vois de plus en plus souvent en cabinet. Une personne arrive, le visage inquiet, l’air coupable. Elle s’assoit et lâche, la gorge serrée :
« J’ai regardé sur internet… Je crois que je suis un Pervers Narcissique. »

Pourquoi ? Parce qu’elle a du mal à supporter la frustration. Parce qu’elle a piqué une colère. Ou parce qu’elle a du mal à dire non.

Aujourd'hui, le terme "Pervers Narcissique" (PN) est devenu une étiquette fourre-tout, utilisée à tort et à travers pour qualifier le moindre comportement désagréable ou égoïste. Si cette médiatisation a permis de protéger des victimes, elle a un effet pervers : elle terrorise les personnes simplement anxieuses ou insécures.

En tant que Gestalt-praticienne, je voudrais vous aider à déconstruire ce que vous lisez pour ne pas vous tromper de diagnostic.

La différence fondamentale : "Hyper" vs "Hypo"

En Gestalt-thérapie, nous distinguons les profils selon leur rapport à l’estime de soi.

Le Pervers Narcissique (le vrai) est un profil "Hyper".

C’est ce qu’on appelle le "Narcissique de combat".

Il est dans la toute-puissance. Son estime de lui est gonflée artificiellement (grandiosité) et pour la maintenir, il a besoin d’écraser l’autre. Il ne doute pas. Il n’a pas mal. Il utilise l'autre comme un objet pour se sentir exister.

Celui qui s’inquiète est souvent un profil "Hypo".

Si vous lisez cet article en ayant peur d’être un monstre, vous êtes probablement dans la catégorie inverse : l’insécure ou l'effacé.

Vous avez " trop " conscience des autres, "trop" peur de mal faire.

Votre problème n’est pas un excès de narcissisme, mais un déficit d’estime de soi qui vous pousse à vous remettre en question excessivement.

Le test de la culpabilité

C’est le critère le plus fiable.

Le véritable narcissique de combat ne se remet jamais en question. S’il blesse quelqu’un, c’est parce que l’autre l’a "mérité" ou "poussé à bout". Il projette la faute à l’extérieur.

Si vous passez vos nuits à ruminer en vous demandant si vous avez été trop dur(e), si vous ressentez de la culpabilité ou de la honte après une dispute, vous n'êtes pas dans la perversion. Vous êtes dans la régulation émotionnelle.

Difficulté à gérer la frustration ≠ Manipulation

Sur internet, on lit souvent : "Le PN ne supporte pas la frustration." C’est vrai, mais tous ceux qui ne supportent pas la frustration ne sont pas des PN !

Chez le PN : La frustration déclenche une rage destructrice (haine) pour anéantir celui qui ose lui dire non.

Chez vous : Si vous tolérez mal la frustration, c’est souvent l’enfant en vous qui a peur du manque ou de l’abandon. Ce n’est pas une volonté de détruire l’autre, c’est une panique intérieure liée à un besoin de sécurité non comblé.

En Gestalt, on appelle cela un trouble de l’attachement (souvent anxieux), pas un trouble de la personnalité.

Conclusion : Respirez, vous êtes "juste" humain

Si vous vous posez la question, la réponse est presque toujours non. Le simple fait d'avoir peur d'être toxique est la preuve de votre empathie.

Arrêtez de vous diagnostiquer avec des étiquettes pathologiques effrayantes. Ce que vous vivez a un nom beaucoup moins barbare : cela s’appelle de l’insécurité, de la difficulté à réguler ses émotions ou de la peur de l’abandon.

La bonne nouvelle ? Contrairement à la perversion narcissique, cela se soigne très bien. En thérapie, nous n'allons pas "mater le monstre" en vous, mais rassurer l'enfant qui a peur, pour que vous puissiez vivre vos relations (et vos frustrations) avec plus de sérénité.