Vous ne serez plus jamais seul·e.
La présence, le lien et la reliance.
Ce week-end, j'ai vécu trois expériences très différentes.
Et pourtant, elles parlaient toutes de la même chose.
La présence.
Le lien.
La reliance.
D'abord les 14 ans de ma fille.
Une maison à la campagne.
Mes parents.
Ses amis.
Elle.
Moi.
Trois générations réunies.
J'ai préparé.
Accueilli.
Observé.
Puis je me suis effacée.
Les adolescents ont vécu leur week-end.
Leurs rires.
Leurs discussions.
Leurs jeux.
Leurs découvertes.
Mes parents étaient là.
J'étais là.
Mais nous n'étions pas au centre.
Nous offrions un cadre.
Une présence.
Une sécurité.
Puis nous les laissions vivre.
Et je crois que c'est une forme d'amour très particulière.
Être là.
Sans retenir.
Être présente.
Sans occuper toute la place.
Puis il y a eu la Blessing Way organisée pour mon amie Caroline Maisonneuve.
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, une Blessing Way est un rituel collectif destiné à honorer une femme lors d'un passage important de sa vie.
On y partage des paroles.
Des gestes.
Des attentions.
Des souvenirs.
Des souhaits.
On prend soin de celle qui est célébrée.
Mais très vite, quelque chose d'autre apparaît.
On prend soin de tout le cercle.
Et peut-être même bien au-delà, lorsque chacune repart chez elle en portant un peu de cette expérience dans sa famille, ses amitiés, son couple, son travail ou sa manière d'habiter le monde.
Quelque chose circule.
Quelque chose nourrit.
Quelque chose continue de travailler longtemps après la fin de la journée.
De la douceur.
De la confiance.
De l'amour.
Du mouvement intérieur.
Et puis il y a eu mon compagnon.
Nous ne vivons pas ensemble.
Notre relation est protégée du monde extérieur.
Gardée jalousement pour nous.
Cela étonne souvent autour de nous.
Cela m'a longtemps interrogée moi aussi.
Parce que notre époque associe souvent l'amour à la quantité :
plus de temps ensemble,
plus de présence,
plus de quotidien partagé.
Avec le temps, je découvre autre chose.
Je découvre que ce qui nourrit le plus profondément un lien n'est pas toujours la quantité de présence.
C'est sa qualité.
Lorsqu'une rencontre est pleinement vécue.
Lorsqu'on se sent vu.
Entendu.
Accueilli.
Quelque chose continue d'exister même dans l'absence.
En rentrant chez moi, j'ai réalisé que ces trois expériences parlaient finalement de la même chose.
Trois formes différentes de reliance.
La reliance du groupe.
La reliance du couple.
La reliance entre les générations.
Et soudain, je me suis souvenue que je connaissais cela depuis longtemps.
Dans mon ancienne compagnie.
Dans les médiations artistiques.
Dans les groupes.
Dans les formations.
Et aujourd'hui encore dans mon cabinet.
Avant le mouvement.
Avant les émotions.
Avant la création.
Avant même le thème de la journée.
Il y a souvent un cercle.
Un tour de parole.
Chacun parle à son tour.
Sans être interrompu.
Sans être conseillé.
Sans être corrigé.
Sans être analysé.
Les autres écoutent.
Simplement.
Vu de l'extérieur, cela semble parfois n'avoir aucun rapport avec ce que nous sommes venus faire.
Et pourtant, c'est souvent l'un des moments les plus importants.
Parce qu'il nous apprend à écouter.
Bien sûr écouter l'autre.
Mais surtout nous écouter nous-mêmes.
Être présent à ce qui est là.
Ici.
Maintenant.
Dans notre corps.
Dans nos émotions.
Dans notre esprit.
Je crois que beaucoup de nos souffrances contemporaines viennent de là.
Nous ne nous écoutons plus suffisamment.
Ou alors nous essayons de nous écouter seuls.
Dans un face-à-face avec nous-mêmes.
Comme si nous pouvions nous rencontrer entièrement sans passer par l'autre.
Or je crois profondément que nous avons besoin des autres pour nous rencontrer.
Nous avons besoin d'un regard.
D'une voix.
D'une présence.
D'un corps vivant en face du nôtre.
Nous avons besoin d'être reçus.
C'est aussi ce qui se passe souvent au début d'une séance de thérapie.
Vous arrivez.
Vous déposez ce qui est là.
Je vous écoute.
J'interviens peu.
Et quelque chose commence déjà à bouger.
Pas parce qu'une solution a été trouvée.
Pas parce qu'un conseil a été donné.
Mais parce que ce qui était seul à l'intérieur de vous ne l'est plus tout à fait.
Je pense à une participante d'un programme collectif que j'accompagne depuis plusieurs mois.
Au début, elle occupait énormément l'espace.
Elle revenait constamment à elle.
Laissait de nombreux messages entre les séances.
Sollicitait beaucoup les intervenants et les autres participants.
Comme si elle avait besoin de vérifier encore et encore que nous étions là.
Qu'elle existait pour nous.
Qu'elle comptait.
Qu'elle serait retrouvée après chaque séparation.
Son corps lui-même semblait porter cette inquiétude.
Il tremblait.
Se raidissait.
S'accrochait.
Aujourd'hui, quelque chose a changé.
Elle réclame moins.
Elle attend davantage.
Elle écoute plus facilement les autres.
Son corps est devenu plus souple.
Sa présence aussi.
Non pas parce qu'elle aurait appris à être sage ou autonome.
Mais parce qu'elle a peu à peu fait l'expérience de quelque chose de nouveau.
L'expérience qu'il y aurait toujours un temps pour elle.
Un espace où elle pourrait être accueillie.
Entendue.
Rejointe.
Et qu'elle pouvait aussi se reconnaître dans ce que vivaient les autres.
Que dans leurs récits, il y avait parfois un peu d'elle.
Et surtout que lorsque nous ne sommes pas ensemble, nous continuons malgré tout d'exister en elle.
C'est cela que nous réparons parfois en thérapie.
C'est cela que nous tissons doucement dans les groupes, les médiations, les formations et les accompagnements.
Une expérience intérieure de stabilité.
Une expérience de la présence.
Une expérience de la reliance.
Le bébé en nous le sait depuis toujours.
Être seul est terrifiant.
Nous ne survivons pas seuls.
Nous avons besoin d'appartenir.
D'être reliés.
À nous-mêmes.
Aux autres.
À quelque chose de plus grand que nous.
L'attachement sécure est cette expérience profonde :
Je suis là.
Tu es libre.
Le lien demeure.
C'est cette expérience que nous recevons parfois.
C'est aussi celle que nous pouvons reconstruire lorsqu'elle a manqué.
Pouvoir s'éloigner.
Explorer.
Grandir.
Vivre sa propre vie.
Sans avoir besoin de rester collé à l'autre pour continuer à se sentir relié.
Alors non.
Nous ne sommes peut-être jamais totalement seuls.
Parce qu'à chaque fois qu'un lien est profondément vécu, il laisse une trace.
Une présence intérieure.
Une mémoire du vivant.
Une expérience de la reliance.
Et celle-ci nous accompagne souvent bien au-delà de la rencontre elle-même.
Je vous accompagne en thérapie individuelle, en couple et en groupe pour construire des expériences de présence, de sécurité et de lien.